Sur le langage du corps

 

 

 

Ce travail est le fruit de la découverte d’un lieu, l’Abbaye Saint Colomban à Luxeuil-les-Bains, dont l’architecture, et son passé imprégné d’histoire religieuse, m’ont paru offrir un cadre idéal pour le projet photographique que je voulais conduire, suite à la rencontre de danseuses qui avaient accepté de travailler avec moi. Bien qu’étant moi-même athée, et comme le dit si bien Michel ONFRAY, personne n’évite la mythologie chrétienne, j’ai eu un coup de cœur pour ce lieu. «[la mythologie chrétienne]… constitue les consciences, elle habite et hante les inconscients, elle construit les visions du monde, organise les pensées, structure les modes d’appréhension philosophiques, esthétiques ou triviaux du réel. Impossible d’échapper à l’histoire dite sainte, à ses dieux et demi-dieux, à ses figures légendaires…»[1]

Ainsi nous sommes venus dans ce lieu (danseuses et photographe) avec nos cultures respectives et cette dimension plutôt inconsciente qu’évoque Michel ONFRAY. Après une première séance de repérage avec une des danseuses, nous avons pu réaliser une séance de prise de vue, avec chacune des danseuses. Ce qui est assez remarquable c’est que sans que nous nous soyons concertés il se produit un certain nombre de coïncidences intéressantes au regard du contexte choisi.

D’emblée, par les simples prénoms Angela que l’on peut aussi entendre comme «ange est là» et celui de Véronique tout autant chargé de sens (le voile de Véronique, mais aussi patronne des photographes !), les constructions de sens s’activent, et ce qui est intéressant c’est que, sans que nous ayons consciemment défini les choses (scénarii, tenues, poses attendues…), les seules consignes que j’ai pu donner – au-delà des questions techniques liées aux prises de vue – c’est dansez et le hasard fait que par exemple Véronique est venue avec un voile de tulle, qu’elle a utilisé au cours de la séance, et qui prend tout son sens dans les scènes suivantes données à titre d’illustration (apparition, ou imploration…).

V23 copie

Véro

Hasard également dans le contexte de la prise de vue, avec cet exemple tiré de la séance d’échauffement avec Angela lorsque nous étions venus en repérage, par cette sorte de «pas de deux» obtenu hors de la conscience de la danseuse et du photographe, découvert au moment du développement…

_MG_0766 (3)

Ce sera un peu la philosophie du travail présenté, à savoir la rencontre de deux subjectivités ayant chacune leurs compétences et les exerçant dans un contexte donné… pour donner naissance à des images imprégnées des cultures des protagonistes, où chaque spectateur pourra lui aussi projeter ses propres références, par le biais des émotions qu’elles mobilisent… en laissant ainsi la porte ouverte à l’imaginaire.

De mon point de vue, bien que la substance principale soit profondément humaine, nous sommes sur le terrain de l’indicible, quelque chose nous appartient que nous reconnaissons mais que l’on ne peut décrire, à travers cette juxtaposition de la surface (ce que nous voyons) et de la profondeur (ce que cela évoque pour nous, réveille en nous…). Tout ce passe comme si on donnait corps à un langage intime, où se mêlent dans une succession de moments, la saisie d’instants, qui peuvent évoquer : extase, imploration, adoration, supplication, pureté, assujettissement, souffrance… avec cette tension permanente induite par le lieu, chargé d’histoire religieuse et le soupçon d’érotisme, lié lui aux tenues choisies par les danseuses… Les références picturales sont à la fois nombreuses et plus ou moins lointaines car pas du tout conscientes au moment de la prise de vue, je peux ainsi citer tout de même, probablement «Le Caravage, Giorgione, Le Corrège, Füssli, Delacroix, Charles-Auguste Mengin, Munch, Ernest Pignon Ernest…» et du côté de la danse je ne mentionnerai que Pina Bausch qui à mon sens incarne toutes les références…

C’est donc dans ce lieu, l’Abbaye Saint Colomban de Luxeuil, datant de 590, qui rappelle le souvenir de Saint Colomban, moine venu d’Irlande, en mission évangélique, qui par ses grandes aptitudes à l’acculturation, et sa grande indépendance qui l’opposa à l’épiscopat et aux dirigeants politiques de l’époque, a marqué durablement les esprits, par l’ouverture à la culture que nous avons pu apprécier à l’occasion de ce travail et je tiens à remercier ici, l’Association «Les amis de l’Abbaye Saint Colomban» et son directeur qui ont permis ces réalisations, ainsi que les danseuses Angela VANONI et Véronique GIUST qui ont improvisé dans ce contexte sans support musical, des danses expressives, alliant à la fois grâce et sensualité.

[1] Michel ONFRAY «Ville-femme» p116 in «Face aux murs – Ernest PIGNON-ERNEST» Editions DELPIRE 2010

 - Version 2

_MG_8790 - Version 3

_MG_8741 - Version 3

_MG_7875 - Version 2

_MG_8143 - Version 3

_MG_7931 - Version 3

_MG_8776 - Version 4

_MG_8801

ver1 - Version 3

_MG_8852 - Version 3

V1

V0

V3

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s